Point d’ancrage en espace confiné : peut-on vraiment descendre en sécurité ?

Accès espace confiné conforme( CATEC)

Trépied, potence, antichute, harnais et système de récupération : comprendre ce qui protège réellement l’intervenant

Lorsqu'un professionnel doit descendre dans un regard, une chambre de vannes, un poste de relevage, une cuve ou tout autre espace confiné, une question revient très rapidement :

Où vais-je m'attacher ?

C'est évidemment une question essentielle.

Mais chez ofcc, nous pensons qu'une seconde question devrait immédiatement suivre :

Si l'intervenant fait un malaise au fond de l'ouvrage et devient incapable de remonter seul, comment allons-nous le récupérer ?

Car un point d'ancrage, un harnais et un antichute peuvent participer à la prévention d'une chute sans pour autant constituer, à eux seuls, un système permettant l'évacuation efficace d'un intervenant.

Et c'est là que la réflexion autour des points d'ancrage en espace confiné devient beaucoup plus intéressante.

Descendre dans un espace confiné, c'est parfois aussi travailler en hauteur

Lorsque l'on parle d'espace confiné, on pense immédiatement aux risques atmosphériques :

  • manque d'oxygène ;

  • présence de H₂S ;

  • monoxyde de carbone ;

  • gaz inflammables ;

  • substances chimiques ;

  • atmosphères potentiellement explosives.

Pourtant, avant même d'être confronté à ces dangers, l'intervenant peut être exposé à un autre risque : la chute de hauteur lors de l'accès à l'ouvrage.

Un regard de plusieurs mètres de profondeur, une cuve accessible par une échelle verticale ou une chambre technique enterrée nécessitent donc de réfléchir simultanément à deux problématiques :

la sécurité de l'accès et la sécurité à l'intérieur de l'espace confiné.

Être attaché ne signifie pas forcément être protégé

C'est probablement l'une des idées les plus importantes à retenir.

Voir un opérateur équipé d'un harnais et relié à une longe ne permet pas, à lui seul, de conclure que son système est adapté.

Un système de protection contre les chutes forme un ensemble cohérent.

Il faut notamment considérer :

  • le harnais ;

  • le système de liaison ;

  • le dispositif d'arrêt de chute ;

  • le point ou dispositif d'ancrage ;

  • la configuration de l'accès ;

  • les obstacles présents ;

  • la hauteur disponible ;

  • la possibilité d'une récupération.

Chaque élément doit être compatible avec les autres et adapté à la situation réelle.

Que dit le Code du travail sur les points d'ancrage ?

La réglementation française donne un cadre particulièrement intéressant.

Le Code du travail donne d'abord la priorité aux protections collectives. Lorsqu'elles ne peuvent pas être mises en œuvre et qu'un système individuel d'arrêt de chute est utilisé, l'article R.4323-61 prévoit notamment que le système soit approprié, que le travailleur ne reste pas seul afin de pouvoir être secouru dans un délai compatible avec la préservation de sa santé, et que l'employeur précise dans une notice les points d'ancrage, dispositifs d'amarrage et modalités d'utilisation des EPI.

Cette dernière notion est particulièrement importante.

Le point d'ancrage ne devrait donc jamais être choisi au hasard au moment de l'intervention.

« Ça a l'air solide » n'est pas un critère de sécurité

Sur le terrain, il peut être tentant d'utiliser l'élément disponible le plus proche :

une canalisation,

un garde-corps,

une échelle,

une poutre,

une structure métallique,

un élément de tuyauterie.

Le problème est simple :

un élément capable de supporter le poids d'une personne n'est pas automatiquement adapté aux efforts générés par un système antichute.

La résistance de la structure, la direction des efforts, la compatibilité avec le dispositif utilisé et les prescriptions applicables doivent avoir été prises en compte.

Un point d'ancrage doit donc être identifié, approprié et intégré à l'organisation de l'intervention, et non improvisé parce qu'un élément semble suffisamment robuste.

Pourquoi positionner correctement le point d'ancrage ?

La résistance n'est pas le seul paramètre.

La position de l'ancrage est tout aussi importante.

Imaginez un intervenant relié à un système antichute avec un point d'ancrage situé très bas ou très décalé.

En cas de chute, plusieurs problèmes peuvent apparaître :

  • augmentation de la distance de chute ;

  • risque de collision avec la structure ;

  • chute contre la paroi de l'ouvrage ;

  • mouvement pendulaire ;

  • difficulté supplémentaire pour récupérer l'intervenant.

Dans la mesure du possible, la conception du système doit donc chercher à limiter la chute et ses conséquences, plutôt qu'à simplement arrêter une personne après plusieurs mètres.

Le Code du travail exige d'ailleurs qu'un système individuel d'arrêt de chute soit approprié et limite la chute libre ou ses effets.

Trépied : pourquoi est-il autant utilisé en espace confiné ?

Le trépied est devenu une image presque indissociable des interventions en espace confiné.

Et ce n'est pas un hasard.

Installé correctement au-dessus d'une ouverture compatible, il peut offrir un support permettant d'organiser certains systèmes d'accès, de protection contre la chute et/ou de récupération selon le matériel utilisé et les instructions du fabricant.

Mais attention :

poser un trépied au-dessus d'un regard ne rend pas automatiquement l'intervention sûre.

Il faut notamment vérifier :

  • la compatibilité du trépied avec les équipements associés ;

  • son implantation ;

  • sa stabilité ;

  • les caractéristiques de l'ouverture ;

  • le système de liaison ;

  • les dispositifs utilisés pour la protection et/ou la récupération ;

  • les préconisations du fabricant.

Le trépied est un équipement.

Ce n'est pas une procédure de sécurité à lui seul.

Trépied ou potence ?

Selon la configuration de l'ouvrage, une potence peut être plus appropriée.

Une potence peut notamment permettre de déporter le système au-dessus de l'ouverture et d'améliorer certaines conditions d'accès ou de récupération.

Le choix entre trépied, potence ou dispositif d'ancrage fixe ne devrait donc pas être déterminé uniquement par ce que l'entreprise possède dans son véhicule.

Il doit résulter de l'analyse de l'ouvrage et de l'intervention prévue.

La question n'est pas :

« Quel matériel avons-nous ? »

Mais plutôt :

« De quel système avons-nous besoin pour réaliser cette intervention et gérer une éventuelle situation d'urgence ? »

Antichute et récupération : attention à ne pas confondre les fonctions

C'est ici que se trouve probablement le point central de cet article.

Un système d'arrêt de chute a pour fonction de protéger une personne contre les conséquences d'une chute.

Un système de récupération ou d'évacuation répond à une autre problématique :

sortir un intervenant qui n'est plus capable de sortir seul.

Les deux besoins peuvent exister simultanément.

Prenons un exemple.

Un technicien descend dans un regard de plusieurs mètres.

Son système le protège correctement contre une chute pendant la descente.

Une fois arrivé au fond, son détecteur déclenche une alarme ou il perd connaissance.

La question devient alors :

Comment le sortir ?

Et surtout :

Peut-on le sortir sans envoyer immédiatement un deuxième intervenant dans l'ouvrage ?

Votre point d'ancrage empêche peut-être la chute. Mais permettra-t-il de sortir votre collègue inconscient ?

C'est probablement la question la plus importante à poser avant l'intervention.

Un système peut être parfaitement adapté à la protection contre une chute sans être organisé pour permettre une extraction efficace.

Or, en espace confiné, l'évacuation peut devenir particulièrement complexe.

Une victime peut être :

  • inconsciente ;

  • incapable de participer à son extraction ;

  • située plusieurs mètres sous l'ouverture ;

  • bloquée par la géométrie de l'ouvrage ;

  • équipée de matériel supplémentaire ;

  • exposée à une atmosphère dangereuse.

Attendre l'accident pour réfléchir à la méthode d'extraction est évidemment trop tard.

Le secours doit être pensé avant la descente

Cette réflexion rejoint directement un principe essentiel de la prévention en espace confiné :

la procédure de secours se prépare avant l'entrée.

Il faut notamment se demander :

Que se passe-t-il si l'intervenant ne peut plus remonter ?

Cette question peut modifier complètement la préparation de l'intervention.

Elle influence le choix :

  • du harnais ;

  • des points d'ancrage ;

  • du dispositif d'accès ;

  • des moyens de récupération ;

  • des moyens de communication ;

  • de l'organisation du surveillant ;

  • des équipements de secours.

Le Code du travail rappelle d'ailleurs que lorsqu'un équipement individuel de protection contre les chutes est utilisé, le travailleur ne doit pas rester seul afin qu'il puisse être secouru dans un délai compatible avec la préservation de sa santé.

Le surveillant n'est pas là pour descendre sauver son collègue

C'est également un message que nous rappelons régulièrement lors des formations CATEC et espace confiné.

Lorsqu'un intervenant est victime d'un malaise, le réflexe humain peut pousser son collègue à descendre immédiatement.

Mais si le malaise a été provoqué par une atmosphère dangereuse, le sauveteur improvisé risque de subir exactement le même phénomène.

Le surveillant doit donc pouvoir appliquer l'organisation et les procédures prévues.

C'est précisément pour cette raison qu'un système permettant, lorsque la configuration et l'analyse des risques le prévoient, une récupération sans exposition supplémentaire peut présenter un intérêt majeur.

Attention également au risque de suspension

Arrêter une chute ne signifie pas que le danger est terminé.

Une personne suspendue dans son harnais doit pouvoir être secourue rapidement.

C'est une autre raison pour laquelle la réflexion sur l'antichute doit toujours intégrer l'après-chute.

La réglementation ne demande d'ailleurs pas seulement d'empêcher ou d'arrêter une chute : elle prévoit aussi, dans le contexte de l'utilisation d'un système individuel, la possibilité d'un secours dans un délai compatible avec la santé du travailleur.

10 questions à poser avant une descente en espace confiné

Avant toute intervention comportant un accès vertical, l'équipe devrait notamment pouvoir répondre à ces questions :

  1. Quel est le risque de chute lors de l'accès ?

  2. Les protections collectives sont-elles possibles ?

  3. Quel système antichute est nécessaire ?

  4. Où se trouve le point d'ancrage prévu ?

  5. Est-il adapté au système utilisé et à la configuration ?

  6. La trajectoire potentielle de chute présente-t-elle des obstacles ?

  7. Le système utilisé permet-il uniquement l'arrêt d'une chute ou également une récupération ?

  8. Comment sortir un intervenant devenu inconscient ?

  9. Le surveillant peut-il déclencher le secours sans s'exposer au même danger ?

  10. Les travailleurs sont-ils formés et entraînés à utiliser les équipements prévus ?

Si certaines réponses sont inconnues au moment d'ouvrir l'ouvrage, la préparation de l'intervention mérite d'être revue.

Le point d'ancrage fait partie d'un système, pas d'une simple checklist

C'est probablement le message que nous souhaitons transmettre avec cet article.

En espace confiné, la sécurité ne consiste pas à vérifier séparément :

Harnais : OK.

Détecteur : OK.

Trépied : OK.

Antichute : OK.

Une intervention sûre repose sur la cohérence de l'ensemble.

Le détecteur doit correspondre aux risques atmosphériques.

Le harnais doit correspondre à l'utilisation prévue.

Le système antichute doit correspondre à la configuration de l'accès.

Le point d'ancrage doit correspondre au système utilisé.

Et les moyens de secours doivent correspondre à la réalité de l'ouvrage.

C'est l'ensemble de cette chaîne qui protège l'intervenant.

CATEC, espace confiné et travail en hauteur : des compétences complémentaires

Les interventions en espace confiné montrent parfaitement pourquoi les différentes compétences en prévention ne doivent pas être cloisonnées.

Un technicien peut simultanément être confronté à :

un risque atmosphérique + un risque de chute + une difficulté d'évacuation.

C'est pourquoi chez ofcc, nos formations CATEC, espace confiné, travail en hauteur, ARI et détection de gaz permettent d'aborder des risques différents mais souvent complémentaires sur le terrain.

L'objectif n'est pas simplement d'apprendre à utiliser un équipement.

Il est de comprendre pourquoi on l'utilise, dans quelles conditions et quelles sont ses limites.

Conclusion : avant de descendre, pensez déjà à la remontée

Lorsqu'un intervenant se présente devant un regard ou une cuve, la question ne devrait jamais être uniquement :

« Comment vais-je descendre ? »

La véritable réflexion est plus large :

Comment vais-je descendre sans chuter ?

Comment vais-je travailler en sécurité ?

Comment vais-je remonter ?

Et surtout :

comment mes collègues pourront-ils me récupérer si je ne suis plus capable de remonter seul ?

Un point d'ancrage n'est donc pas un simple endroit où accrocher un mousqueton.

Il fait partie d'un système global de prévention, qui doit être pensé avant l'intervention et adapté à la configuration réelle de l'ouvrage.

Chez ofcc, c'est précisément cette approche que nous cherchons à transmettre : ne pas seulement apprendre à utiliser le matériel, mais apprendre à penser l'intervention dans sa globalité.

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