Ouvrir un regard d’assainissement : pourquoi le danger commence avant même la descente ?
Intervention sécurisée en CATEC
Gaz, circulation, manutention, chute, balisage… l’intervention en espace confiné commence bien avant que l’opérateur pénètre dans l’ouvrage
Lorsqu’on parle de sécurité en espace confiné, l’image qui vient immédiatement à l’esprit est souvent celle d’un intervenant qui descend dans un regard, équipé d’un harnais et d’un détecteur multigaz.
Pourtant, sur le terrain, les risques commencent bien avant la descente.
Stationner le véhicule. Mettre en place le balisage. Manipuler un tampon parfois lourd. Se positionner au-dessus de l’ouverture. Effectuer le contrôle atmosphérique. Installer le matériel d’accès et de récupération…
Toutes ces opérations exposent déjà les agents à différents dangers.
Chez ofcc, c’est un point sur lequel nous insistons lors des formations CATEC et espace confiné :
Une intervention en espace confiné ne commence pas lorsque l’opérateur descend. Elle commence dès la préparation et la sécurisation de la zone de travail.
1. Avant le risque gaz, il y a parfois le risque routier
Un grand nombre de regards d’assainissement sont implantés directement sur la chaussée, sur un parking, un trottoir ou dans une zone où circulent des véhicules.
Avant même d’ouvrir le tampon, les agents peuvent donc être exposés à un risque de heurt ou de collision.
La première étape consiste à analyser l’environnement.
Où est situé l’ouvrage ?
Quelle est la circulation ?
Quelle est la visibilité ?
Des véhicules lourds circulent-ils à proximité ?
Des piétons ou cyclistes peuvent-ils pénétrer dans la zone ?
La présence d'un véhicule d'intervention, de cônes ou de quelques barrières ne signifie pas automatiquement que la zone est correctement sécurisée.
Le balisage et la signalisation temporaire doivent être adaptés à la configuration réelle de l'intervention et aux règles applicables à la zone concernée.
2. Soulever un tampon : un geste quotidien qui n'est pas anodin
Pour un professionnel de l'assainissement, ouvrir un regard peut devenir un geste tellement habituel que le risque associé finit parfois par être sous-estimé.
Pourtant, certains tampons sont particulièrement lourds ou difficiles à manipuler.
Ils peuvent être :
grippés ;
collés par des dépôts ;
déformés ;
difficiles à saisir ;
situés dans une mauvaise position de travail.
Les efforts importants et les mauvaises postures peuvent exposer les agents à des risques de lombalgie, troubles musculosquelettiques, écrasement ou pincement des mains et des pieds.
L'utilisation d'un outil adapté à la manutention du tampon permet de limiter certaines de ces contraintes.
Mais là encore, le matériel ne remplace pas l'analyse de la situation.
3. Attention : l'ouverture elle-même crée un nouveau danger
Quelques secondes auparavant, le tampon fermait l'ouvrage.
Une fois retiré, une ouverture parfois profonde de plusieurs mètres apparaît au milieu de la zone de travail.
Le risque change immédiatement.
Il faut désormais protéger les opérateurs contre une chute dans l'ouvrage, mais également empêcher qu'un tiers puisse s'en approcher accidentellement.
Un agent concentré sur son détecteur, son matériel ou une autre tâche peut lui aussi se retrouver trop près de l'ouverture.
C'est pourquoi la sécurisation du regard ouvert doit être anticipée.
4. Et si le danger était déjà présent au moment de l'ouverture ?
C'est un aspect particulièrement intéressant des interventions en assainissement.
Le danger atmosphérique n'apparaît évidemment pas lorsque l'intervenant descend.
Il peut être présent dans l'ouvrage avant même son ouverture.
Un réseau d'assainissement peut notamment présenter :
une atmosphère déficiente en oxygène ;
du sulfure d'hydrogène (H₂S) ;
du méthane ;
du monoxyde de carbone selon les circonstances ;
d'autres substances liées aux effluents, aux rejets ou aux activités environnantes.
La composition de l'atmosphère dépend de nombreux facteurs et ne peut pas être déterminée simplement en regardant à l'intérieur.
C'est précisément pour cette raison que la détection de gaz occupe une place aussi importante dans la préparation des interventions en espace confiné.
5. « Je ne descends pas, je regarde juste à l'intérieur »
C'est une situation intéressante à aborder en prévention.
Un opérateur ouvre un regard puis se penche au-dessus pour observer l'intérieur.
Il ne considère pas forcément qu'il est exposé puisqu'il n'est pas encore entré.
Pourtant, ce comportement peut présenter plusieurs risques.
D'abord, celui de la chute.
Mais également celui d'une exposition à une atmosphère dangereuse susceptible d'être présente au niveau de l'ouverture ou de s'en échapper.
La bonne approche consiste donc à éviter de placer inutilement son visage ou son corps au-dessus de l'ouverture, notamment avant d'avoir caractérisé les conditions de l'intervention.
Cette notion simple mérite d'être rappelée :
On ne met pas sa tête dans un ouvrage pour vérifier si l'atmosphère est respirable. On utilise les moyens de détection adaptés.
6. Sentir n'est pas mesurer
Dans les réseaux d'assainissement, le H₂S constitue l'un des dangers atmosphériques les plus connus.
Son odeur caractéristique peut donner l'impression qu'il suffit de « sentir » pour détecter un problème.
C'est une erreur dangereuse.
L'odorat ne constitue pas un moyen de détection fiable d'une atmosphère dangereuse.
D'autres dangers, comme un déficit en oxygène, ne peuvent tout simplement pas être détectés par les sens.
C'est pourquoi un détecteur de gaz adapté aux risques identifiés est indispensable lorsque l'analyse de l'intervention l'exige.
7. Mais où faut-il effectuer la mesure ?
Voici une autre question importante.
Il ne suffit pas nécessairement d'approcher rapidement le détecteur de l'ouverture et de considérer l'atmosphère comme sûre parce qu'aucune alarme ne s'est déclenchée.
L'objectif est d'obtenir une information représentative de l'atmosphère dans laquelle l'intervenant va réellement évoluer.
Selon la configuration de l'ouvrage et le matériel utilisé, cela peut nécessiter une stratégie de mesure permettant de contrôler l'atmosphère avant l'entrée, puis de poursuivre sa surveillance pendant l'intervention.
La profondeur, la géométrie de l'ouvrage, son renouvellement d'air et les polluants potentiels doivent être pris en compte.
Cette problématique mérite d'ailleurs un article à elle seule :
« Où faut-il réellement mesurer les gaz avant d'entrer dans un espace confiné ? »
8. Ouvrir le regard ne signifie pas qu'il est immédiatement ventilé
Autre idée reçue :
« Le regard est ouvert depuis quelques minutes, donc l'air a eu le temps de se renouveler. »
Ce raisonnement peut conduire à une fausse impression de sécurité.
L'ouverture d'un tampon ne garantit pas à elle seule un renouvellement suffisant de l'ensemble de l'atmosphère de l'ouvrage.
Selon sa configuration, des zones peuvent être insuffisamment renouvelées.
Lorsqu'une ventilation mécanique est nécessaire, elle doit être pensée et mise en œuvre de manière adaptée.
Et surtout :
Ventiler ne dispense pas de contrôler l'atmosphère.
La ventilation et la détection répondent à deux fonctions différentes et complémentaires.
9. Le détecteur indique « OK » : peut-on descendre ?
Pas si vite.
Une atmosphère compatible avec l'intervention est évidemment un élément essentiel.
Mais elle ne représente qu'une partie de l'analyse.
Avant l'entrée, d'autres questions restent à traiter :
L'accès est-il sécurisé ?
Le risque de chute est-il maîtrisé ?
Les équipements nécessaires sont-ils installés ?
Le surveillant est-il en place ?
Les moyens de communication fonctionnent-ils ?
L'environnement autour du regard reste-t-il sécurisé ?
Les moyens prévus en cas d'incident sont-ils disponibles ?
Les conditions de l'intervention correspondent-elles toujours à celles qui ont été préparées ?
Un détecteur qui n'est pas en alarme ne constitue donc jamais, à lui seul, une autorisation de descendre.
10. Et si l'atmosphère change pendant l'intervention ?
L'une des particularités d'un espace confiné est que les conditions peuvent évoluer.
Une mesure réalisée avant l'entrée représente une situation à un moment donné.
Elle ne garantit pas que cette situation restera identique pendant toute l'intervention.
Une arrivée d'effluent, une réaction chimique, une activité biologique, une opération réalisée ailleurs sur le réseau ou une modification de la ventilation peuvent influencer l'atmosphère.
D'où l'importance, selon l'analyse des risques et les procédures applicables, d'une surveillance atmosphérique pendant l'intervention.
Le détecteur ne sert donc pas uniquement à décider si l'on peut entrer.
Il accompagne également la sécurité de l'intervention.
11. Le surveillant commence son travail avant la descente
Dans une intervention relevant du dispositif CATEC, le surveillant ne devient pas utile lorsque l'intervenant disparaît dans l'ouvrage.
Son rôle commence avant l'entrée.
Il participe à l'organisation et à la sécurisation de l'intervention selon les procédures prévues.
Il doit notamment connaître la situation, les moyens disponibles et la conduite à tenir en cas d'événement anormal.
C'est un point essentiel :
le surveillant n'est pas simplement « la personne qui reste en haut ».
Il constitue un élément essentiel de l'organisation de la sécurité.
12. Préparer la sortie avant l'entrée
Avant qu'un intervenant ne descende, une dernière question devrait toujours être posée :
S'il devient incapable de remonter seul, que faisons-nous ?
Cette question change souvent la manière de préparer l'intervention.
Elle oblige à réfléchir :
aux moyens de récupération ;
au harnais ;
aux ancrages ;
au trépied ou à la potence lorsque leur utilisation est prévue ;
aux moyens de communication ;
à l'organisation de l'alerte ;
aux procédures de secours.
Comme nous le rappelons régulièrement chez ofcc :
savoir descendre ne suffit pas. Il faut avoir réfléchi à la remontée avant l'entrée.
De l'arrivée sur le chantier à la descente : une véritable chaîne de sécurité
Une intervention dans un regard d'assainissement peut finalement être représentée comme une succession d'étapes :
Analyse de la situation → sécurisation de la zone → balisage → ouverture de l'ouvrage → protection contre la chute → contrôle atmosphérique → préparation des équipements → organisation du surveillant → vérifications → entrée.
Aucune de ces étapes ne devrait être considérée comme une simple formalité.
Car un incident peut survenir avant même que le premier pied de l'intervenant ne franchisse l'ouverture.
10 questions à se poser avant de descendre dans un regard
Avant l'entrée, les professionnels devraient notamment pouvoir répondre à ces questions :
La zone de travail est-elle correctement sécurisée ?
Le risque lié à la circulation est-il maîtrisé ?
L'ouverture du tampon peut-elle être réalisée dans de bonnes conditions ?
Le regard ouvert est-il protégé contre les chutes ?
Quels dangers atmosphériques sont susceptibles d'être présents ?
Le contrôle atmosphérique a-t-il été réalisé selon la procédure prévue ?
Les équipements nécessaires sont-ils prêts et vérifiés ?
Le surveillant connaît-il son rôle et la procédure ?
Comment communiquons-nous avec l'intervenant ?
Comment le récupérons-nous s'il ne peut plus sortir seul ?
Si une réponse essentielle manque, l'entrée ne devrait pas devenir la priorité : la préparation doit d'abord être complétée.
CATEC : apprendre à regarder au-delà de l'espace confiné
C'est également l'un des intérêts de la formation CATEC.
Former un professionnel à l'intervention en espace confiné ne consiste pas uniquement à lui apprendre à descendre avec un harnais et un détecteur.
Il faut développer une véritable culture de l'analyse des risques.
Regarder l'ouvrage.
Mais aussi regarder autour.
Observer la circulation.
Préparer le matériel.
Anticiper les risques atmosphériques.
Organiser les rôles.
Prévoir l'évacuation.
Et être capable de renoncer ou reporter une intervention lorsque les conditions nécessaires ne sont pas réunies.
Chez ofcc, la formation commence avant la descente
À travers nos formations CATEC, espace confiné, détection de gaz, ARI et travail en hauteur, ofcc accompagne les professionnels de l'eau, de l'assainissement, de l'industrie, des collectivités et des travaux publics.
Nos mises en situation cherchent à reproduire les problématiques réellement rencontrées sur le terrain afin que les stagiaires ne sachent pas uniquement utiliser du matériel, mais comprennent l'ensemble de la chaîne de prévention.
Parce qu'en espace confiné, le danger n'attend pas que l'intervenant soit au fond de l'ouvrage.
Il peut commencer sur la chaussée, continuer lors de l'ouverture du tampon et évoluer pendant toute l'intervention.
Et c'est précisément pour cette raison que la sécurité doit commencer avant même l'ouverture du regard.
Formation CATEC