Phosphine

PH3

Présentation technique du PH₃ (Phosphine)

Fiche pédagogique complète – Formation Risque Chimique, Détection de gaz, ARI et Espaces confinés

Carte d'identité

Désignation Valeur

Nom Phosphine

Formule chimique PH₃

Nom IUPAC Phosphane

Numéro CAS 7803-51-2

Numéro ONUUN 2199

État physique Gaz

Couleur Incolore

Odeur Ail ou poisson avarié (principalement due aux impuretés)

Masse molaire 34 g/mol

Densité de vapeur 1,18 (air = 1)

Point d'ébullition -87,8 °C

Point de fusion -133,8 °C

Le PH₃ est un gaz extrêmement toxique, extrêmement inflammable et potentiellement pyrophorique selon sa pureté. Il est principalement utilisé en fumigation des céréales et dans l'industrie électronique.

Classification CLP

Le PH₃ est classé :

🔴 H220 : Gaz extrêmement inflammable

🔴 H330 : Mortel par inhalation

🔴 H314 : Provoque de graves brûlures de la peau et des lésions oculaires (classification harmonisée pour la substance)

Où rencontre-t-on la phosphine ?

Principalement :

  • Silos à céréales

  • Coopératives agricoles

  • Navires transportant des céréales

  • Conteneurs fumigés

  • Industrie des semi-conducteurs

  • Fabrication de panneaux photovoltaïques

  • Industrie chimique

  • Laboratoires

  • Certaines réactions impliquant des phosphures métalliques

Dans les espaces confinés, le risque concerne surtout les installations agricoles et certains procédés industriels.

Comment se forme-t-elle ?

Dans la majorité des cas, elle est produite lors de la réaction de :

  • phosphure d'aluminium

  • phosphure de magnésium

  • phosphure de zinc

avec l'humidité.

C'est pourquoi une fumigation peut continuer à produire du PH₃ plusieurs heures ou plusieurs jours après la mise en place des pastilles.

Pourquoi est-elle dangereuse ?

Le PH₃ agit directement sur les cellules.

Il bloque la respiration cellulaire et provoque une atteinte :

  • pulmonaire ;

  • cardiaque ;

  • neurologique ;

  • hépatique ;

  • rénale.

Une intoxication importante peut évoluer très rapidement vers une insuffisance respiratoire et une défaillance multiviscérale.

Symptômes selon l'exposition

Faible exposition

  • irritation des yeux ;

  • irritation du nez ;

  • irritation de la gorge ;

  • goût métallique ;

  • céphalées ;

  • fatigue.

Exposition modérée

  • toux ;

  • nausées ;

  • vomissements ;

  • vertiges ;

  • oppression thoracique ;

  • douleurs abdominales.

Forte exposition

  • œdème pulmonaire ;

  • détresse respiratoire ;

  • troubles du rythme cardiaque ;

  • hypotension ;

  • convulsions ;

  • perte de connaissance ;

  • arrêt respiratoire.

L'œdème pulmonaire peut être retardé de plusieurs heures. Toute exposition significative justifie une évaluation médicale.

Valeurs limites d'exposition

France

VLEP 8 heures

➡️ 0,1 ppm

➡️ 0,14 mg/m³

Valeur court terme (15 min)

➡️ 0,2 ppm

➡️ 0,28 mg/m³

Seuils d'alarme des détecteurs

Contrairement au H₂S ou au CO, il n'existe pas de seuil réglementaire universel d'alarme pour les détecteurs portatifs. Les fabricants et les entreprises définissent leurs seuils à partir de l'analyse des risques.

Une configuration fréquemment rencontrée est :

Niveau Valeur

Alarme basse 0,1 ppm

Alarme haute 0,2 ppm

STEL/TWA selon la configuration du détecteur et les VLEP

Ces réglages sont cohérents avec les valeurs limites d'exposition françaises et permettent une alerte précoce. Ils doivent toutefois être validés par l'employeur dans le cadre de son évaluation des risques.

Limites d'explosivité

Le PH₃ est également un gaz explosif.

Paramètre Valeur

LIE 1,6 % vol

LSE 98 % vol

Certaines phosphines contenant des impuretés peuvent s'enflammer spontanément à l'air.

Détection

Un détecteur 4 gaz classique :

✅ O₂

✅ CO

✅ H₂S

✅ LIE

NE détecte PAS le PH₃

Il faut :

  • un capteur électrochimique PH₃ ;

  • ou un détecteur multigaz équipé spécifiquement pour la phosphine.

Des tubes colorimétriques existent également pour des mesures ponctuelles.

Protection respiratoire

Atmosphère inconnue

➡️ ARI obligatoire

Atmosphère IDLH

➡️ ARI obligatoire

Concentration connue et compatible

APR filtrant possible uniquement si :

  • concentration compatible avec le filtre ;

  • atmosphère respirable (> 19,5 % d'O₂) ;

  • analyse de risque favorable ;

  • recommandations du fabricant respectées.

En cas de doute, l'ARI reste la référence.

Premiers secours

En cas d'exposition :

  • évacuer immédiatement vers une atmosphère saine ;

  • alerter les secours ;

  • administrer de l'oxygène si cela est approprié et réalisé par du personnel formé ;

  • maintenir la victime au repos ;

  • assurer une surveillance médicale en raison du risque d'œdème pulmonaire retardé.

Mesures de prévention

Avant intervention :

✅ analyse des risques ;

✅ contrôle atmosphérique ;

✅ ventilation ;

✅ permis d'entrée si espace confiné ;

✅ balisage ;

✅ plan de secours ;

✅ détecteur calibré ;

✅ personnel formé ;

✅ surveillance permanente.

Stockage

La phosphine est généralement utilisée sous forme de phosphures.

Les locaux doivent être :

  • secs ;

  • ventilés ;

  • éloignés des sources d'ignition ;

  • séparés des oxydants et des acides.

L'eau est à proscrire en cas d'incendie impliquant des phosphures, car elle peut accélérer la production de phosphine.

Les erreurs les plus fréquentes

❌ Penser qu'un détecteur 4 gaz détecte le PH₃.

❌ Se fier à l'odeur.

❌ Entrer dans un silo après fumigation sans contrôle.

❌ Utiliser un masque filtrant sans connaître la concentration.

❌ Négliger le risque d'explosion.

À retenir

🟥 Le PH₃ est l'un des gaz les plus toxiques rencontrés en milieu professionnel.

🟥 Il est également extrêmement inflammable.

🟥 Il est invisible.

🟥 Son odeur n'est pas un moyen de détection fiable.

🟥 Un détecteur 4 gaz standard ne le détecte pas.

🟥 Toute intervention doit être précédée d'une analyse des risques, d'une détection adaptée et d'un choix rigoureux de la protection respiratoire.

Le conseil d'OFCC

Dans les formations Risque Chimique, Espaces Confinés, CATEC et Détection de gaz, nous rappelons systématiquement un principe fondamental :

On ne choisit jamais un détecteur de gaz en fonction de ses habitudes, mais en fonction des substances réellement susceptibles d'être présentes.

Pour la phosphine, cela signifie qu'un capteur spécifique PH₃ est indispensable lorsque ce gaz est identifié comme un risque potentiel. Cette démarche, associée à une analyse des risques et à une préparation rigoureuse de l'intervention, constitue la meilleure protection des intervenants.